Gina de la Forêt :

À continuer ?
ou : Aussi la folie s'est invitée au café
(2014)

Le bailleur bâtit un bon bâtiment ... « Mais non » bâilla-t-il en roulant les yeux pour regarder son intérieur. Le balai bat le rat qui chasse le chat - ÇA serait génial ...

Poète, c'est ce qu'il voulait être. Mais sa génialité méconnue lui avait fait comprendre que sa créativité devrait servir à autre chose - à cette chose-là. Ayant battu son front contre l'écran pour éteindre son esprit d'artiste ayant essayé de s'allumer, il jeta encore une feuille à la montagne de forêt qui grandissait au milieu de son bureau.

Il regarda vers dehors, où le vent soufflait fort pendant que le soleil se cachait derrière une voilette grise. Les feuilles tombaient de l'arbre devant sa fenêtre. C'est sûrement parce qu'il hoche sa tête toujours..., pensa-t-il en se remettant au travail. Il y avait encore de la pub à créer. Mais ce n'était pas trop facile, ou il avait battu son front contre l'écran trop fort, ou - et là il s'approcha à la vérité - il n'était pas créé pour créer de la publicité.

Il descendit pour chercher des pensées en ne pensant rien, mais en jurant dans l'espoir d'attirer un génie comme ça ou au moins d'y trouver un peu de folie qui l'inspire à devenir un génie lui-même. Mais il s'en avait trop promis. Pas de génie, pas de folie, seulement le regard des yeux de créatures pas du tout créatives lui dit « bienvenue ! » dans la rue. Complètement absorbé par ses pensées, un son le réveilla. Mais c'était quoi, ce son qui avait été si effronté ?

Voilà l'adieu à la tension dramatique, le manque de fantaisie dit bonjour au petit rien qui s'installa dans la tête d'un auteur qui se vit confronté au défi de devoir créer de la bonne poésie malgré son exposition à des sons sans sens, en cherchant à servir comme médiateur entre son esprit qui s'enfuit et son équipement ralenti.

Mais l'auteur de l'histoire du poète était courageux et se battait pour continuer. Il effectuait une recherche dans sa mémoire pour trouver le bon son qu'il pourrait utiliser à ce moment de l'histoire. Enfin, sa chatte prouva qu'elle était plus créative que lui et dit « miaou ». C'est si facile si on ne pense pas de manière si compliquée. Miaou, c'est donc aussi ce que le poète entendit.

Malgré cela, cela mit fin à l'histoire, car Lekitsch et Lafrayeur étaient les seuls qui se proposèrent à y participer, mais pour eux, aucun rôle n'avait été prévu.

La montagne de forêt grandit et se leva pour regarder par la fenêtre, derrière laquelle le soleil caché par sa voilette grise se mit à se coucher. L'auteur regardait les deux en hochant la tête - quand l'étourderie sonna à la porte. Elle n'était pas seule, elle était venue ensemble avec le génie et la folie, qui étaient en train de dessiner une courbe de tension sur la terre.

« Une belle courbe, qu'en pensez-vous, Monsieur ? » demanda l'étourderie, qui se présenta comme le manager de ces deux jeunes artistes. L'esprit de notre pauvre auteur se cacha tandis que son équipement s'enfuit, et à lui il ne resta que dire « oui » de manière étourdie.

Les trois visiteurs entrèrent et commencèrent à rebâtir l'atelier. Les sons se fixèrent et le vent embrassa la montagne de forêt pour l'emporter à l'arbre défeuillé, quand le poète sortit à quatre pattes de la poubelle. La chatte était fascinée par cette variété et applaudit, mais elle s'échappa de la scène, cherchant un refuge derrière l'équipement lorsque le poète leva le voile gris en fermant la fenêtre. Pourquoi ? pensa-t-elle, puis elle le remarqua : Lekitsch et Lafrayeur regardaient de dehors en recherche d'une entrée. La courbe de tension, vivifiée par la disparition du gris, alluma la télé pour ne pas rater la publicité, et le génie et la folie entreprirent leurs premiers essais en poésie, cherchant courageusement des mots de fantaisie.

À continuer ? se demanda l'auteur en fixant le vent qui jouait avec ses pensées pendant qu'il s'éloignait de plus en plus vers le soleil voilé en gris.

Face à ce moment-là, l'auteur enleva son chapeau, pas par respect, mais parce qu'il avait chaud, et s'échappa lui-même de la scène. « Miaou » dit-il comme adieu à tous. Il ne fut regardé que d'un manque d'intelligence, et la chatte demanda : « Qu'est-ce que t'as dit ? »

Comme ce n'était plus lui mais les sons qui répondirent « miaou ! », tout le monde était choqué de son départ, mais tout de suite ils rejoignirent les parts séparées de leur conversation et continuèrent.

Le voile gris sortit de la douche, vêtu en serviettes blanches, prit un bol de café que l'esprit et l'équipement avaient préparé et regarda ce qui se passait devant le bâtiment : Lekitsch et Lafrayeur, encore observant tout pour ne rien rater, virent leur chance en arrêtant l'auteur échappé, mais celui-ci ne se laissa pas irriter, d'autant moins parce que ce qu'il voulait atteindre était sa patience perdue, et que cette patience attendait impatiemment un égout qui s'ouvre pour qu'elle puisse y disparaître. Le manque d'intelligence en personne du poète exclama derrière la fenêtre : « Laissez tomber, ça va rouler sans lui. » Tant mieux, pensèrent les deux, emportèrent la cafetière de la fenêtre et se glissèrent en dedans pour joindre les autres.

L'auteur, lui, sauta, en dernière seconde, à la patience et la sauva comme ça de se noyer aux égouts.

« Mais je resterai seulement si tu n'y rentres pas » dit-elle, épuisée. Il savait que sans elle il ne serait rien et donc il s'en déclara d'accord - ce qui se vérifia comme la meilleure décision, car :

Lekitsch et Lafrayeur commencèrent à se disputer gravement pour avoir le seul rôle disponible, alors que le poète prit les deux, les emballa dans des serviettes grises et les mit dans la poubelle. Comme tout le café avait été bu, l'esprit ne voulut plus se reposer et l'équipement se ralentit de nouveau. Cela énerva le génie et la folie, ils tirèrent donc la courbe de tension par la fenêtre pour sortir, bien que la courbe, elle, se cramponnait encore à des formules publicitaires sur la télé, et le voile gris, laissé seul par tous, remarqua que les serviettes blanches ne lui allaient pas du tout. Il les jeta à terre, où l'étourderie étourdie allait à quatre pas. Elle aussi, elle était en route vers la fenêtre.

Le poète regarda la chatte et demanda : « Et comment ça va continuer ? »

« Miaou » répondit-elle.